Le 12 février 2026 marque un tournant pour la transition énergétique française. Lors de son allocution, le Premier ministre Sébastien Lecornu a officialisé la publication au Journal Officiel de la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE) pour la période 2026-2035.
Contrairement à l'approche envisagée par son prédécesseur François Bayrou, qui souhaitait soumettre la PPE3 à un vote parlementaire pour ménager l'opposition (notamment le RN), le Gouvernement a tranché en faveur d'un décret. Ce choix permet d'accélérer la mise en œuvre d'une stratégie attendue depuis 2023, mettant fin à trois ans d'incertitude législative.
Cette nouvelle mouture de la PPE entérine les ambitions fixées lors du discours de Belfort par Emmanuel Macron. Le document confirme la relance du nucléaire civil en France avec :
La construction de 6 nouveaux réacteurs EPR2.
L'étude de 14 réacteurs supplémentaires pour garantir la souveraineté énergétique.
Le texte doit composer avec un climat politique complexe, marqué par un « backlash écologique ». Sous l'impulsion de LR et du RN, une opposition croissante s'est manifestée contre l'éolien terrestre et le photovoltaïque. Cette tension s'était déjà cristallisée avec la PPL Grémillet, jugée très restrictive pour le développement des énergies renouvelables (EnR) en France.
Les observateurs saluent un texte équilibré quant au débat qui fait rage sur la place respective réservé au nucléaire et aux énergies renouvelables.
Le compromis choisi par le Gouvernement semble converger vers le scenario dit "R3" dans le Bilan Prévisionnel 2025 publié par RTE.
Les objectifs de déploiement des énergies renouvelables ont été revus à la baisse par rapport aux chiffres présentés précédemment. De ce fait, il semblerait qu'il ait été "laissé de la place" pour des nouvelles centrales nucléaires, même si ces dernières ne seront mises en services qu'en 2038 voire 2040.
Cette PPE3 est toujours construite à partir d'objectifs de volumes : on compte en MW ou GW déployés à horizon 5 ou 10 ans.
Roland Lescure s'est exprimé à l’occasion de la conférence de presse de présentation de la 3ème Programmation pluriannuelle de l’énergie le vendredi 13 février. A cette occasion, le ministre de l'Economie et de l'Energie a annoncé le lancement d'appels d'offres pour les différentes filières et notamment des AO solaires.
« Nous allons lancer dès la semaine prochaine un appel d’offre avec un volume cible de 2,9 GW en 2026. Et dès la semaine prochaine un appel d’offre PV Grands bâtiments de 300 MW au JO de l’Union européenne. Cela représente 3 GW de nouvelles capacités par an. ».
Ce chiffre de 3GW est de moitié inférieur aux 6GW de la capacité additionnelle annuelle prévus précédemment.
Pour ce qui est de la place du PV dans la PPE, le ministre Lescure a déclaré « assumer de conserver une ambition forte : atteindre entre 55 et 80 GW d’ici 2035, ce qui correspond aux ¾ de nos besoins en datacenters. » Le lien avec la consommation est donc clairement assumé.