La Programmation Pluriannuelle de l’Energie est publiée !

Enfin ! Après près de 3 ans d'attente, le Gouvernement a publié la Programmation Pluriannuelle de l'Energie millésime 2026-2030. Celle-ci donne de la visibilité aux acteurs des filières du secteur de l'énergie.

Une incertitude perdure : à quel rythme réel va-t-on électrifier la demande ? 

Une annonce attendue

Lors de son allocution du 12 févrierSébastien Lecornu a annoncé la publication de la Programmation Pluriannuelle de l'Energie. Dans son édition du 13 février 2026, Journal Officiel de la République Française a publié cette PPE.

Contrairement à son prédécesseur, le Premier Ministre a décidé de passer par décret pour la PPE3. En effet, François Bayrou envisageait un vote du Parlement, pour éviter une motion de censure du RN. Ce dernier va vraisemblablement en déposer une à l'encontre du Gouvernement Lecornu 2.

Le document publié couvre la période 2026-2035. Cela faisait 3 ans (2022) et de nombreux Gouvernements que les acteurs du secteurs de l'énergie attendaient ce document d'orientation. Alors même que la loi fixe le délai de mise à jour à 5 ans

Le dérapage a commencé peu après le discours de Belfort d'Emmanuel Macron. Le Président, alors en pleine campagne pour sa réélection, avait rebattu les cartes avec l'annonce de la relance du nucléaire et la construction de 6 voire 14 EPR2.

A partir de cette date, LR et le RN, inspirés par le backlash écologique, se sont mis à batailler d'abord contre l'éolien onshore puis contre le solaire. Cette défiance s'est traduite dans les actes par une PPL Grémillet trés défavorable aux renouvelables.

Un exercice d'équilibriste

Sébastien Lecornu a-t-il tranché le débat qui fait rage sur la place respective réservée au nucléaire et aux énergies renouvelables ? Les observateurs saluent un texte équilibré : la Programmation Pluriannuelle de l'Energie 3 prévoit bien le déploiement de nouvelles capacités nucléaires ET renouvelables. 

 

Le compromis choisi par le Gouvernement s'appuie ainsi sur le scenario dit "R3" dans le Bilan Prévisionnel 2025 publié par RTE. L'intense lobbying des LR et du RN a néanmoins produit ses effets puisque les objectifs de déploiement des énergies renouvelables ont été revus à la baisse. Ce qui questionne la capacité de la France à atteindre le net zero en 2050. C'est une tendance générale de par le monde, ce que nous dénoncions ici dans notre commentaire sur la COP de Bélem. 

De ce fait, nos dirigeants ont accordé de la place à des nouvelles centrales nucléaires, même si ces dernières ne seront mises en services qu'en 2038 voire 2040.

Des objectifs peu lisibles

Cette Programmation Pluriannuelle de l'Energie 3 est majoritairement construite à partir d'objectifs quantitatifs filière par filière. Malgré cela, le non-initié aura du mal à se faire une idée globale. On compte ainsi en MW ou GW déployés à horizon 5 ou 10 ans pour le solaire, l'éolien onshore et offshore ou l'hydroélectricité, soit en capacité additionnelle, soit en capacité installée à la fin de la période. Tandis que pour le nucléaire, on fixe un objectif d'énergie produite annuelle (TWh/an). Enfin, les rédacteurs utilisent un facteur multiplicatif de capacité installée pour certaines technologies. 

 

Le Gouvernement souligne la nécessaire compétitivité des prix. Malheureusement, les appels d'offres sont toujours organisés en mode complément de rémunération.  Ce mécanisme incite les producteurs à vendre au mieux leur électricité sur le marché de gros et leur apporte un complément pour équilibrer le plan d'affaires de chaque centrale. Or ce mécanisme se limite bien souvent à un arrêt de la production lors des épisodes de prix négatifs.


De la flexibilité ? 

Il faudrait faire plus et moduler la production. Mais le système est freiné par deux contraintes. D'une part, le prix des batteries est encore très élevé. Et d'autre part les variations des prix de marché sont trop faibles pour que les producteurs soient incités à stocker l'électricité pour l'injecter au moment le plus opportun pour le système.

 

On peut donc déplorer une approche filière par filière alors qu'il serait opportun de penser global. Et ainsi de coupler production renouvelable brute avec des moyens de stockage pour disposer d'unités flexibles.

La nécessaire électrification des usages

Côté Offre, la Programmation Pluriannuelle de l'Energie 3 fixe un objectif de production électrique décarbonée ambitieux. En effet, elle prévoit une production annuelle entre 650 et 693 TWh. Pour mémoire, la production électrique en 2023 était de 458 TWh.

 

Ainsi, dans un contexte de réduction de la consommation énergétique globale, cela signifie qu'une part importante de la consommation énergétique doit être électrifiée. C'est cela qui explique pourquoi la consommation d'électricité augmente alors que la consommation d'énergie baisse.

 

Exemple 1 : la mobilité

On pense immédiatement à la mobilité. Ainsi, le véhicule électrique permet à la fois : 

  • a) de réduire la consommation énergétique : on passe d'un rendement de ~30% pour les meilleurs moteurs thermiques, à un rendement de 95% pour les moteurs électriques ;
  • b) de décarboner cette consommation énergétique, sous réserve d'un mix énergétique du réseau électrique décarboné, ce qui est le cas de la France.

 

Exemple 2 : la sidérurgie

Emmanuel Macron a rappelé que l'industrie également doit se décarboner et notamment par l'électrification. Ainsi, le Président de la République annonçait le 10 février un investissement de 500 millions d'euros chez Arcelor Mittal. Dans ce cadre, l'industriel équipera d'un four à arc l'un de ses deux hauts-fourneaux du site de Dunkerque. Mais cette avancée est en réalité un recul. En effet, dans le cadre du plan France 2030, ArcelorMittal devait investir pour l'un et l'autre de ses deux hauts-fourneaux. Précédemment, l'aciériste avait invoqué des questions de compétitivité pour mettre le projet en sommeil. Ainsi, cet investissement sur la moitié des actifs dans un premier temps est un compromis. C'est pourquoi un observateur avisé peut se demander si cette trajectoire est suffisamment ambitieuse pour respecter la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).

 

Des appels d'offres pour stabiliser les filières

Vendredi 13 février, Roland Lescure s'est exprimé à l’occasion de la conférence de presse de présentation de la Programmation pluriannuelle de l’Energie. A cette occasion, le ministre de l'Economie et de l'Energie a annoncé le lancement d'appels d'offres pour les différentes filières et notamment des AO solaires.

« Nous allons lancer dès la semaine prochaine un appel d’offre avec un volume cible de 2,9 GW en 2026

«Et dès la semaine prochaine un appel d’offre PV Grands bâtiments de 300 MW au JO de l’Union européenne. Cela représente 3 GW de nouvelles capacités par an. »

Ce chiffre de 3GW est de moitié inférieur aux 6GW de la capacité additionnelle annuelle prévus précédemment.  

Pour ce qui est de la place du PV dans la PPE, le ministre Lescure a déclaré « assumer de conserver une ambition forte : atteindre entre 55 et 80 GW d’ici 2035, ce qui correspond aux ¾ de nos besoins en datacenters. » Le lien avec la consommation est donc clairement assumé.

 

Conclusions politiques pour En Commun!

La publication de la Programmation Pluriannuelle de l'Energie ne pouvait plus attendre. Nous nous satisfaisons du volontarisme du chef du Gouvernement.

 

Le compromis proposé est un moindre mal. Il permet aux différentes filières de poursuivre leur développement, même si celui-ci est moins ambitieux qu'espéré.

 

En Commun! ne votera pas la motion de censure présentée par le RN.

 

Un point est plus discutable. La clause de revoyure de cette Programmation Pluriannuelle de l'Energie en 2027 ne nous satisfait pas. Les entreprises du secteur de l'énergie évoluent dans un marché aux constantes de temps longues. Ces acteurs ont donc besoin de stabilité et de visibilité.  Cette clause de revoyure va être préjudiciable à des investissements éminemment nécessaires. Notamment pour que la France respecte ses engagements internationaux en termes de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre.